Métropole Aix Marseille : Arrêtez le massacre !

Comme moi, vous les avez sans doute vus lors de vos promenades autour du village. Ces travaux forestiers réalisés par la Métropole, sur de nombreuses parcelles boisées des derniers contreforts de la Trévaresse.

La raison officielle de ces travaux est la protection contre les incendies.
C’est une raison louable. Les Provençaux sont bien conscient du risque incendie dans la région, et de la nécessité de s’en prémunir au mieux.
Mais quand le remède est pire que le mal ?

Car en fait de prévention des incendies, c’est un broyage total qui est réalisé.
Depuis cinq centimètres de profondeur jusqu’à deux mètres de haut, absolument tout y passe. Et non pas sur quelques secteurs, en créant des coupes feux et en laissant des bosquets de végétation intacte, mais sur des hectares de forêt naturelle, y compris des zones en fortes déclivité, favorisant le ruissellement et l’érosion.
Ce broyage est bien entendu réalisé par des engins lourds de chantier, défonçant l’humus et tassant les sols, entraînant des dommages importants.

La garrigue est pourtant un écosystème particulièrement fragile. La pelouse de brachypode, le thym, le serpolet, la badasse, la lavande sauvage, les orchidées, les menthes, et autres dizaines d’espèces végétales, parsèment le sol.
Au dessus, on trouve du romarin, du ciste, de l’argelas, du laurier-tin, du cade, du genévrier, du chêne kermès, du chêne vert et pubescent, le tout couronné par les premiers arbres à croissance rapide, le pin d’Alep.


Après le passage des engins de la Métropole, il ne reste rien de cet écosystème complexe et fragile, tout est littéralement défoncé, broyé, haché.
N’est-ce pas précisément la définition de l’écocide ?


Et par une sorte de cruelle ironie, les seuls épargnés sont les pins. Alors que sont sacrifiés chênes verts et chênes pubescents !
Pourtant les résineux sont particulièrement propices aux incendies, propageant les flammes quasiment à la vitesse du vent.
De plus, les pins acidifient les sols peu à peu, de telle sorte qu’ils éliminent toute autre végétation, et abritent un biotope bien moins important et riche que les feuillus.

En tant qu’amoureux de la nature, concerné par la chute brutale de la biodiversité, je suis choqué par cette destruction totale d’un écosystème qui était encore préservé.
En tant qu’apiculteur, je me demande ce que mes abeilles vont trouver dans cet environnement encore plus dégradé. Plus de pollen d’argelas, qui est l’une des premières ressources de fin d’hiver, plus de pollen et de nectar de romarin, de thym, de badasse, des centaines d’espèces de plantes mellifères disparues... Je crains que mes ruches ne puissent plus survivre ici.

Où vont vivre et nicher les nombreux passereaux habitant ces forêts, mésanges, chardonnerets, particulièrement ceux faisant leurs nids au sol ou dans les buissons, comme le rouge-gorge ?
Que vont devenir les campagnols, musaraignes, hérissons, lapins, lièvres et autres petits animaux peuplant la forêt ?
Que vont manger les rapaces, faucons crécerelle ou pèlerin, petit, grand et moyen ducs, buses ?

Et s’il restait par hasard sur ces zones un couple de tortues de Hermann, espèce qui était fréquente dans notre région, on peut être sûr que désormais il repose en paix…
Sans parler des centaines de milliers d’insectes écrasés, dont sans doute des abeilles sauvages, des bourdons, et autres insectes pollinisateurs dont on connaît pourtant le rôle primordial pour l’humanité.
Et les champignons, dont la structure fragile ne résiste pas aux tassements, et dont l’action symbiotique est essentielle à la végétation. Cueilleurs de champignons, oubliez cèpes, pinins, pied-de-moutons, morilles et autres trésors gustatifs.

Et comme si ça ne suffisait pas, ces travaux sont réalisés au tout début de l’hiver, c’est à dire au moment où toute la faune sauvage avait trouvé une cache sous une pierre, sous des branches, un abri au cœur d’un buisson pour hiverner. Cela va du limaçon au hérisson, en passant par les insectes, les reptiles comme les orvets, les lézards verts et ocellés, les tarantes, les couleuvres, les grenouilles et crapauds, tous les petits animaux de notre garrigue, surpris dans le froid du matin en pleine hibernation, broyés par les fléaux de chaînes, défoncés par les pneus des engins.

Je suis dans une incompréhension totale devant un tel constat.
Comment une telle action destructrice de l’environnement a-t-elle pu être ordonnée ?
Et par ceux-la même qui devraient donner l’exemple concernant la gestion environnementale !



Ces deux dernières photos montrent des parcelles impactées l’hiver dernier. On constate que rien ne repousse et l’érosion a commencé.

Même si pour les parcelles déjà touchées, le mal est fait de manière irrémédiable, il me semble nécessaire de se mobiliser pour faire cesser le massacre de notre patrimoine forestier régional.

Merci de votre aide pour informer et sensibiliser les décideurs, sans doute inconscients des conséquences concrètes de leurs choix pris loin des forêts.

Hervé JEAN
Vice-Président APIREA

Ce texte peut-être diffusé librement, à condition de le publier intégralement et d’en citer la source : apirea.fr.